Barcelone, ville de la réconciliation (Felix de la Fuente Pascual)

Un jour il nous faudra bien trouver des réponses à ce qui se passe actuellement en Catalogne. Comment a-t-on pu transformer une ville, aussi cosmopolite et passionnante qu’était Barcelone dans les jeunes années de la démocratie, cette Barcelone qui était le centre éditorial le plus important du monde du livre espagnol, en cette ville de la haine et des affrontements, cette ville qui publiquement renie la langue de Cervantès?

Promenez-vous dans la ville et dites-moi combien d’indications vous trouvez en espagnol, combien de noms de rues espagnols sont indiqués en espagnol et en catalan. Comparez Barcelone avec Bruxelles, par exemple, où tout ou presque est en deux langues: le français et le flamand… Qu’est-il arrivé à la Barcelone des Jeux Olympiques, cette fierté de tous les Espagnols?

Ce n’est pas l’œuvre de Puigdemont, Torra ou Mas. Cela vient de loin. Certains ont péché par l’action et d’autres par omission. Les responsables sont nombreux. Car, je ne parle pas de la situation politique, mais de la situation sociale, de la fracture de la société, des familles et des amis. Il y a un groupe qui, cependant, n’est pas responsable: les citoyens. Les citoyens sont les victimes de cette situation, pas les responsables. Avec le pouvoir et l’influence des médias, il est difficile pour les citoyens d’avoir un critère indépendant et d’éviter le bombardement constant de ces médias, lorsqu’ils sont au service d’intérêts économiques ou politiques.

Sans prétendre être juge dans cette question délicate, il est évident que parmi les principaux coupables de la fracture sociale en Catalogne, il y a les partis politiques et, au sein de ce groupe de partis politiques, les partis constitutionnalistes. Oui, tous les partis constitutionnalistes, les anciens et les nouveaux. Est-ce que la situation s’est améliorée depuis l’arrivée de Podemos et de Ciudadanos?

Les partis constitutionnalistes auraient pu réformer les lois, y compris la Constitution, pour promouvoir une coexistence pacifique entre citoyens d’Espagne, mais ils ne l’ont pas fait et ne le feront pas. La seule chose qui les intéresse c’est d’anéantir la partie adverse et de s’élever au pouvoir. Cette lutte grossière, vulgaire et fratricide est ce que les citoyens, même les enfants, voient tous les jours à la télévision et dans la rue. Ces partis ont encouragé l’argent facile, l’arrivisme et la tricherie. Ils n’ont pas défendu les valeurs, ni dans la société, ni à l’école, et c’est ainsi que cela se passe.

La crise entre la Catalogne et l’Espagne ne se résout pas seulement par des élections. Nous l’avons déjà vu. Les élections sont uniquement ce somnifère avec lequel les partis politiques veulent nous endormir et nous faire taire. Comment ces partis dialogueront-ils avec les partis indépendantistes, s’ils ne sont même pas capables de dialoguer entre eux? Les partis de gauche et les syndicats, paradant aux côtés de mouvements indépendantistes, ne contribuent pas de cette façon à la coexistence pacifique.

Bien évidemment, la responsabilité des partis de l’indépendance est également immense, mais il faut admettre, en toute honnêteté, la triste vérité que ces partis ne trahissent pas leurs électeurs. Également traitres à la société, y compris à leurs propres principes, la bourgeoisie catalane et le sommet de l’église. Une Eglise catalane qui se transforme en palais de justice. L’église non seulement viole le christianisme le plus authentique, mais soutient sans vergogne la bourgeoisie et, en passant, se fait hara-kiri.

Il est temps que les citoyens se réapproprient cette partie du pouvoir que les partis politiques leur ont pris. Les domestiques sont devenus des seigneurs et le pouvoir entretient l’ignorance. Le moment est venu de réinitialiser la démocratie par le bas: par l’école, par l’éducation, par la famille.

Mais la réconciliation est-elle possible? Si c’était possible dans les années 70, pourquoi pas maintenant? Nous avons besoin d’une nouvelle transition. Mais dans les années 70 il y avait des politiciens qui se sont battus pour la coexistence. Aujourd’hui nos politiciens ne se battent que pour arriver au pouvoir.

Felix de la Fuente Pascual, 01/06/2018 (traduit de l’espagnol: La Barcelona de la reconciliación)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s